Parc national des Calanques
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Géologie et paysages

Les Calanques : des montagnes en bord de mer

Le cap Croisette vu depuis la grotte de l'Ermite © M. Berenger - Parc national des Calanques
Des îles du Frioul à l’île Verte, et des collines de Saint-Cyr aux falaises Soubeyranes, le Parc national des Calanques présente un patrimoine paysager saisissant et contrasté, ainsi qu’une extraordinaire richesse géologique. Mais quelles sont l’histoire et les singularités de ces sites rares et grandioses ?

 

Qu'est-ce que c'est, les Calanques ?

Le terme provençal « calanques » désigne des anses bordées de pentes abruptes. Il est la fusion de deux mots.

Le vieux mot provençal calo signifie « petite crique rocheuse » : il est lui-même issu d'une très ancienne racine méditerranéenne (kal) qui désigne des criques aussi bien en Corse qu'aux Baléares. Cette racine remonte à l'époque ligure et a servi en Provence à caractériser de nombreux lieux rocheux : de là proviennent les mots calade (route empierrée) et caler (immobiliser, à l'origine à l'aide d'une pierre).

Le suffixe anca, d'origine également ligure, indique une pente rapide : on le retrouve notamment dans le mot alpin avalanche.

 

Un dialogue original entre terre et mer

Le Parc national des Calanques est schématiquement constitué de trois massifs montagneux, entourés de villes, de vallées et de plaines, et de la mer Méditerranée, d’où émerge un chapelet d’îles.

Vue aérienne des calanques de Marseille © F. Launette

D’abord, le massif des Calanques forme une masse de calcaire blanc de type urgonien, très compacte, dure et coquillée, c’est-à-dire riche en fossiles. En second lieu, le massif de Saint-Cyr, avec une langue étroite de Luminy à Sugiton, est constitué de calcaire de type dolomitique plus sableux.

Après avoir atteint des sommets à Marseilleveyre, au mont Puget ou au mont Carpiagne, ces deux massifs finissent par s’étioler et mourir à Cassis.

Sémaphore du bec de l'Aigle au sommet des falaises Soubeyranes © Parc national des Calanques

Passée la plaine littorale cassidaine, la terre s’élève à nouveau : c’est le troisième massif, celui de Canaille, qui se prolonge jusqu’aux calanques de La Ciotat et l’île Verte, limite orientale du Parc national. D’une autre nature géologique, sa dominante ocre rouge tranche avec le blanc éclatant des calanques de Marseille. Il est constitué de calcaire, de grès et de poudingue, une roche composée de débris de galets agglomérés. Le mot provient de l’anglais pudding, lui-même issu du français boudin.

 

© Laurent Ballesta, Andromède Océanologie, Gombessa 5

Les Calanques, ce sont aussi plusieurs milliers d’hectares d’aire marine, où les falaises se prolongent sous la surface de l'eau, et où se creuse le canyon sous-marin de Cassidaigne. Celui-ci descend jusqu'aux abysses à plus de 1500 mètres de profondeur.

 

« Les Calanques, ce véritable jardin de pierres en bordure de mer. »

Gaston Rébuffat

© P. Richaud
© P. Richaud
© P. Richaud

 

Comment se sont formées les Calanques ?

Les roches calcaires du Parc national sont à l’origine faites de sédiments. C’était il y a 80 millions d’années, durant le Mésozoïque, plus précisément au Jurassique et au Crétacé : autrement dit, au temps des dinosaures. Des fragments de squelettes et de coquilles de micro-organismes marins subissent alors des transformations chimiques. Ces minéraux fins d'origine corallienne sont charriés par un fleuve qui coulait du sud au nord, et s’accumulent patiemment sur plusieurs centaines de mètres au fond d’une mer tropicale…

 

Tectonique des plaques

Durant l’ère tertiaire, il y a 60 millions d’années, les plaques africaine et européenne se chevauchent, et ces roches émergent alors. Ainsi apparaît la chaîne pyrénéo-provençale, qui comprend notamment les Pyrénées, la Corse et la Sardaigne. Puis ce massif s’érode, se fracture, se déforme peu à peu.

 

Glaciations, réchauffements, érosion

Les périodes chaudes facilitent la création d’un réseau karstique. L’action dissolvante des eaux de ruissellement et d’infiltration sculpte ce paysage et conduit à la formation de grottes, avens et rivières souterraines.

 

« La substance de l’eau se fait mémoire : elle prend et s’assimile quelque trace de tout ce qu’elle a frôlé, baigné, roulé : du calcaire qu’elle a creusé, des gîtes qu’elle a lavés, des sables riches qui l’ont filtrée. Qu’elle jaillisse au jour, elle est toute chargée des puissances primitives des roches traversées. Elle entraîne avec soi des bribes d’atomes, des éléments d’énergie pure, des bulles de gaz souterrains, et parfois la chaleur intime de la terre. »

Paul Valéry

Les périodes de glaciation du Quaternaire, il y a 1,8 million d’années, provoquent l’abaissement du niveau de la mer à -130 mètres en moyenne.

L’érosion des massifs calcaires littoraux s’accélère alors : des vallées profondes et étroites se dessinent, ainsi que des failles verticales qui hachent les massifs. Le niveau de la mer remonte, noyant la partie en aval des ravins, qui deviennent nos calanques.

 

Des forêts d'altitude aux monts pelés

Si le Parc national des Calanques présente aujourd’hui des paysages arides et érodés, c’est dû à la conjonction de deux phénomènes, l’un naturel, lié aux changements climatiques, l’autre humain, lié notamment au surpâturage.

Pendant la Préhistoire, entre -30 000 et -19 000 avant notre ère, régnait un climat océanique humide et froid. Les glaciers remontaient jusqu’à Sisteron, et les forêts étaient peuplées de grand gibier, comme on peut le constater sur les peintures et gravures de la grotte Cosquer. Le sol était alors très épais, et composé de terre et d’humus.

Pendant l’Antiquité, les glaciers ont reculé, remplacés par l’arrivée du climat méditerranéen. L’homme se multiplie et s’étend, cultive les terres, pratique l’élevage et le pâturage, brûle le bois. Les siècles se succédant, la surexploitation et les révolutions industrielles donnent un coup d’accélérateur, conduisant à un fort besoin en animaux (pour la laine, les peaux, la nourriture) et en bois (pour se chauffer et pour la construction, la papèterie, les filatures).

Parallèlement s’interrompt l’alternance de gel et de dégel : or le gel permet à la roche de se fracturer jusqu’à devenir de la terre. La végétation se raréfiant, l’humus ne se reforme pas, et les sols ne se reconstituent pas. Ils s’érodent, deviennent squelettiques. La terre, toujours présente en fond de vallon, s’absente alors en surface, sauf en quelques taches posées sur la roche, aux endroits où les pins la retiennent.

 

Le saviez-vous ?

Avant sa création le 18 avril 2012, le Parc national des Calanques comportait déjà six sites classés :

Le Parc national abrite par ailleurs trois monuments historiques classés, dont les grottes Cosquer, du figuier, du renard et de la triperie, un monument historique inscrit et un jardin remarquable : le parc du Mugel.

Concernant la grotte Cosquer, qui n’est plus accessible que par un boyau (aujourd'hui muré) immergé par -35 mètres de fond, les peintures rupestres qui y ont été découvertes prouvent que les hommes préhistoriques fréquentaient déjà le massif avant la remontée des eaux.