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L'épave du Grand-Saint-Antoine

Le bateau par qui la peste arriva

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Gravure du Grand-Saint-Antoine (d'après P. Mouton) © Atlas PALM
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Plongeur de l'ARHA sur la coque du Grand-Saint-Antoine © ARHA
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Remontée de l'ancre © ARHA
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L'île de Jarre, dans l'archipel de Riou © P. Richaud
Ce navire est tristement célèbre pour avoir apporté la grande peste à Marseille, décimant entre 1720 et 1723 près de la moitié de la ville, et un quart de la population provençale, soit cent mille personnes…

 

La mort en mer

Ce trois-mâts assure alors des échanges commerciaux entre le Levant et la cité phocéenne. Au début du printemps 1720, il charge sa cargaison en Syrie. Dès le 3 avril succombe un passager turc embarqué à Tripoli. Toujours en mer, le vaisseau perd successivement sept matelots et le chirurgien de bord. Un huitième matelot tombe malade peu avant l’arrivée à Livourne, en Italie.

Toutefois, malgré tous ces décès, aucun des habituels principes de précaution n’est respecté. En cause, les étoffes précieuses, telles des toiles, cotonnades et soieries, que transporte le navire, et qui représentent une valeur de cent mille écus. Cette cargaison, qui appartient aux édiles locaux, et notamment à Jean-Baptiste Estelle, premier échevin de la Ville de Marseille (l’équivalent du maire d’aujourd’hui), doit être vendue à la foire de Beaucaire, à l’époque capitale française des marchandises…

 

Une maladie aidée par un pouvoir corrompu

Si le Grand-Saint-Antoine fut bien le vecteur de transport du bacille, les travers humains sont donc seuls responsables de l’ampleur de l’épidémie !

C’est le 25 mai 1720 que le navire aborde les îles du Frioul. Mais la valeur de la cargaison et l’importance politique de ses propriétaires donnent lieu à diverses manipulations pour pouvoir abréger la quarantaine obligatoire et débarquer au plus vite les marchandises. Contrairement aux instructions sanitaires, les balles d'étoffes précieuses sont alors débarquées aux infirmeries du port, sur le continent. Véhiculée par les puces infestant les ballots de tissus, l'épidémie se répand dans la ville et les premières victimes marseillaises succombent en juin.

 

La dernière grande peste de France

Lorsque la municipalité se rend compte de l’épidémie, il est déjà trop tard… Le Régent Philippe d'Orléans ordonne la destruction du Grand-Saint-Antoine, brûlé à la fin du mois de septembre 1720 après avoir été vidé et isolé à proximité de l’île de Jarre.

Cette destruction tardive n'enraye pas l'épidémie dévastatrice qui s'étend rapidement à l'ensemble de la région, et même au-delà, malgré la construction du mur de la peste dont il reste des vestiges dans le Vaucluse.

 

Une plongée à la découverte de l’épave

L’épave du navire, identifiée en juin 1978 et fouillée de 1980 à 1984 par une équipe dirigée par Michel Goury de l’association l’ARHA, gît au nord de l’île de Jarre, par une profondeur de 10 à 18 mètres.

Parmi les très rares objets archéologiques retrouvés sur le site, le navire ayant été vidé totalement avant son incendie, il faut mentionner l’ancre maîtresse, retrouvée à proximité : pesant environ 800 kilos, elle mesure 3 mètres 80 de long, et fait 2 mètres 50 d’envergure ! Remontée en 1982 puis laissée immergée dans le port de la Pointe Rouge pendant près de 30 ans, elle a été restaurée et est exposée depuis 2016 au musée d’Histoire de Marseille.

 

« Les portes de la ville et les fenêtres des maisons furent fermées. Au milieu du silence général, on entendait quelquefois une fenêtre s’ouvrir et un cadavre tomber ; les murs ruisselaient de son sang gangrené, et des chiens sans maître l’attendaient en bas pour le dévorer. Dans un quartier, dont tous les habitants avaient péri, on les avait murés à domicile, comme pour empêcher la mort de sortir…
Sur l’esplanade de la Tourette, au bord de la mer, on avait, pendant trois semaines, porté des corps, lesquels, exposés au soleil et fondus par ses rayons, ne présentaient plus qu’un lac empesté. Sur cette surface de chairs liquéfiées, les vers seuls imprimaient quelque mouvement à des formes pressées, indéfinies, qui pouvaient avoir des effigies humaines…
C’est ainsi que la peste dévasta Marseille… »

Châteaubriand, Mémoires d’outre-tombe

Le saviez-vous ?

Certaines rues de Marseille, qui portent le nom de personnages s’étant distingués pendant la peste de 1720, comme le cours Belsunce ou les rues Chevalier Roze, Estelle ou Moustier, témoignent encore de cette sombre histoire…

Accès et localisation

Épave ré-ensablée après sa fouille, donc non visible actuellement. Les coordonnées données ici sont approximatives afin de ne pas localiser l’épave.

Coordonnées GPS approximatives : 43.201778, 5.356575

En son et en vidéo