Parc national des Calanques
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Histoire sanitaire

Hôpital Caroline © Pncal

 

L'archipel du Frioul comporte un des plus grands lazarets de Méditerranée, témoignant du long combat de Marseille contre les épidémies.

 

Un territoire lié à l’histoire sanitaire

 

Les îles et les maladies

Les îles de Marseille ont fait office de première porte d’entrée de son port. Du fait de la peste qui ravageait les pays du Levant, avec qui la ville échangeait des marchandises, une administration sanitaire s’est mise en place au cours de l’époque moderne. La quarantaine a été rendue obligatoire, elle se faisait à la périphérie de la ville, aux infirmeries d’Arenc, au Frioul, et en cas extrême, à l’île de Jarre.

Cette administration a montré ses limites lors de l’épidémie de 1720. L’épave du Grand Saint-Antoine, navire qui a apporté la peste à cette époque et qui a été coulé près de l’île de Jarre, témoigne encore de cette partie de l’histoire des Calanques.

A la fin du XVIIIe siècle, une vaste administration sanitaire veillait à ce qu’aucune épidémie ne rentre dans Marseille. En effet, la peste de 1720 a marqué les esprits. Le vaste lazaret de Saint-Martin d’Arenc et le port de quarantaine de Pomègues permettaient alors de recevoir une soixantaine de bateaux ainsi que leurs occupants.

Or, dès le début du XIXe siècle, une maladie originaire d’Amérique, inconnue et inquiétante apparaît : c'est la fièvre jaune. Elle apparaît neuf fois au lazaret d’Arenc à Marseille, entre 1800 et 1819, mais ne déclenche aucune épidémie dans la ville. Au contraire de Barcelone, qui perd un sixième de sa population en 1821, à cause d’un navire infecté en provenance de Cuba. Un signal d'alarme pour les intendants de Santé ! Marseille doit se préparer à endiguer cette maladie dont on ignore le mode de transmission.

Hôpital Caroline © Pncal

Appuyé par la municipalité et la Chambre de commerce, les intendants de Santé demandent la construction d’un hôpital dans l’archipel du Frioul afin d’isoler les patients, mais aussi d’éviter l’affolement des Marseillais et des échanges commerciaux. Le caractère urgent de la menace épidémique aboutit à la rapide acceptation du projet architectural de Michel-Robert Penchaud sur un promontoire de l’île de Ratonneau. La construction est onéreuse. Le projet rencontre des difficultés de sorte que l’hôpital n’est prêt qu’en 1828.

Son nom provient de Marie-Caroline duchesse de Berry : alors qu’elle voyageait vers la France pour épouser le fils du roi Charles X, elle séjourna en quarantaine au lazaret d’Arenc à Marseille. Cinq ans plus tard, son mari, héritier du trône, fut assassiné. Par hommage, le prénom de la duchesse est alors donné à l’hôpital, et le nom du duc, à la digue qui relie les deux îles.

L’architecture et la conception de l’hôpital répondent à trois critères imposés par la commission ministérielle de l’époque :
  • L'isolement
  • La surveillance
  • L'aération optimale

L'hôpital est alors capable d’accueillir 48 malades et 24 convalescents. Les pavillons des malades, des convalescents et des services, chacun étant bien cloisonné, s’organisent autour d’une première cours. Au milieu de celle-ci, une chapelle de style hellénistique (l’architecte voulait faire un rappel aux origines antiques de la Cité phocéenne) est surélevée de façon à ce que les patients puissent suivre la messe sans sortir de leur lit. La seconde tour est réservée aux bâtiments de l’administration. 

Toutefois, l’hôpital Caroline n’a jamais été utilisé pour ses fonctions premières, faute de cas de fièvre jaune à Marseille, mais pour entreposer (en 1831), ce qui a provoqué de sérieux dégâts.

Suite à la destruction du lazaret d’Arenc en 1850 afin de construire un nouveau port commercial (l’actuel Port autonome), on décide que toutes les installations sanitaires seront sur l’archipel du Frioul. Désormais appelé hôpital Ratonneau en raison de la fin de la restauration, on le réaménage pour qu’il puisse accueillir des quarantenaires. La partie hospitalisation est alors réduite à 20 lits. On construit également un ensemble de 5 nouveaux pavillons sur l’île pour compléter le dispositif. Les installations sanitaires du Frioul sont désormais appelées le lazaret des Îles ». Il constitue à ce moment-là un des plus grands de Méditerranée.

De 1855 à 1856, le lazaret est occupé par les soldats malades ou blessés revenant de la guerre de Crimée. Plus de 700 soldats, atteints parfois du typhus, sont alors soignés à l’hôpital Ratonneau.  

Outre l’accueil des militaires, l’hôpital n’est pratiquement pas utilisé pour sa fonction première. Jugé trop austère et trop éloigné, aucun médecin ne veut y travailler à temps plein. Ces derniers se déplacent uniquement si un navire infecté accoste au Frioul. C’est le cas en 1900 quand 35 malades de la peste, sans doute les derniers, sont hospitalisés à Ratonneau.

Le lazaret des Îles est ponctuellement utilisé au début du XXe siècle pour accueillir des réfugiés et des prisonniers de guerre. Il sera utilisé une dernière fois en 1936, quand une épidémie de typhus se déclarera dans les prisons marseillaises.

Sa vie en tant que support sanitaire prendra réellement fin en raison des bombardements des îles par les Alliés en 1945, qui rendront l’archipel dangereux de par les dégâts occasionnés, et du progrès de la médecine.

Il ne restera alors du lazaret des Îles que des vestiges imposants, encore visibles dans l'aire d'adhésion du Parc national des Calanques.

 

L’émissaire et le choléra

 

Émissaire de Cortiou © Pncal

Au XIXe siècle, Marseille soutenait un chiffre de mortalité supérieur à celui des autres grandes villes françaises. La cause principale : la mauvaise séparation des eaux potable et usée, Marseille n’ayant à cette époque aucune infrastructure de tout-à-l’égout, ce qui déclenclait des épidémies durant les grands orages typiques du climat marseillais.

Il fallut attendre la fin du XIXe siècle pour que les autorités comprennent la nécessité d'un égout. Elles décident alors la construction du grand collecteur de Cortiou en 1898, supprimant ainsi les épidémies entériques dues à une eau contaminée à Marseille.