Parc national des Calanques
-A +A
Share
Le 06/10/2020

Depuis des temps immémoriaux, l'Homme arpente les Calanques et en explore chaque recoin. Pourtant, ce territoire ne cessera jamais de nous surprendre : un nouvelle espèce animale vient d'être découverte dans les profondeurs du Parc national !

 

Milieu hostile

Cette histoire se déroule dans un réseau souterrain de galeries immergées, où s'écoule l'eau provenant d'un vaste bassin versant remontant jusqu'au massif de la Sainte-Baume. Une source inconnue alimente ce réseau en eau douce, qui devient saumâtre en se mélangeant à l'eau de mer. L'obscurité est totale, aucun végétal ne peut donc se développer. La nourriture présente se limite aux rares débris charriés par le courant et aux quelques bactéries qui se développent sur la vase. Aucun corail, aucune algue, aucune mousse ne peut se développer. Des parois de calcaire nu se dévoilent aux rares explorateurs qui se risquent jusque là. La vie semble absente dans ce monde austère.

Bien que ces galeries noyées soient connues depuis l'époque romaine, il faut attendre les années 1990 pour que des plongeurs spéléologues s'immergent dans le réseau et explorent la rivière jusqu'à 2 kilomètres en amont du point d'entrée.

 

L'histoire d'une découverte

En 2003, le biologiste Pierre Chevaldonné palme précautionneusement le long des parois quand de mystérieux organismes apparaissent dans le faisceau de sa torche. Il parvient à capturer plusieurs spécimens de ces minuscules crevettes aveugles et partage sa découverte avec des collègues spécialistes des crustacés. Première surprise : cette espèce n'est pas connue ! Deuxième surprise : un spécimen semblable a été capturé au même endroit en 1993 par une équipe de plongeurs spéléologues menés par Marc Douchet. Seulement, les spécimens capturés ne sont que des femelles. Il faut donc retourner dans la rivière souterraine en 2019 pour compléter l'échantillonnage et décrire officiellement cette nouvelle espèce.

 

« La vie trouve toujours des solutions, l'évolution permet des innovations, des adaptations même dans les milieux les plus extrêmes. »
Pierre Chevaldonné

© F Launette
© Pierre Chevaldonné / CNRS
© Pierre Chevaldonné / CNRS

Un nouvel ordre pour la France

Baptisée Tethysbaena ledoyeri, cette espèce appartient à l'ordre taxonomique des Thermosbaenacés : des crustacés à part, spécialisés dans les eaux souterraines dont on ne compte à ce jour que 37 espèces au monde. C'est la première fois qu'un Thermosbaenacé est découvert en France. 

 

« C'est la première fois en France qu'on décrit une espèce de ce groupe. C'est comme si je vous disais qu'on a découvert pour la première fois une chauve-souris en France. »
Pierre Chevaldonné

Dépourvue d'yeux mais bénéficiant d'un odorat très fin, Tethysbaena ledoyeri compte sur sa mobilité pour tirer parti de la moindre particule nutritive qu'il lui faut localiser et rejoindre dans le noir – tout en échappant à son prédateur : une puce des mers des profondeurs dont on ne sait encore pratiquement rien !