Parc national des Calanques
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Cortiou : les eaux usées et l’Huveaune

Située à quelques encablures à l’Ouest de la calanque de Sormiou, la calanque de Cortiou reçoit depuis le XIXe siècle les eaux usées de Marseille et depuis les années 1970 les eaux détournées du fleuve Huveaune. Le site est aujourd’hui classé en cœur de Parc national.

Exutoire de Cortiou © PNCal

Ces eaux qui se rejettent à Cortiou drainent les eaux usées des particuliers (mais également celles des hôpitaux, laboratoires, entreprises, etc.), ainsi que les eaux de pluie qui ruissèlent sur les sols et se chargent de polluants. Longtemps demeuré sans traitement, l’effluent a eu un effet considérable sur les milieux naturels. La qualité du rejet s’est aujourd’hui améliorée mais constitue toujours une pression sur l’environnement marin.

 

Un peu d’histoire…

Pour comprendre l’histoire de Cortiou il faut remonter à la fin du XIXe siècle quand Marseille se dote de son système de tout-à-l’égout. A cette époque, les ingénieurs recherchent un site pour rejeter les eaux usées loin de la ville. Les yeux se tournent alors vers les calanques et plus particulièrement Cortiou. La société de l’époque accueille l’émissaire de Cortiou avec un grand enthousiasme, en ce qu’il permet d’assainir la ville et d’endiguer les épidémies de choléra.

A partir des années 1970, la Ville de Marseille décide de détourner le lit naturel de l’Huveaune, petit fleuve côtier dont le lit naturel débouche dans la baie du Prado. L’Huveaune, alors très pollué, constitue une menace pour la qualité des eaux de baignade des plages du Prado. Choix est donc fait de détourner le fleuve vers la calanque de Cortiou.

 

Les premières actions d’amélioration

Les rejets de la ville de Marseille ont été effectués sans aucun traitement jusqu’en 1987. La situation change avec la mise en service de la station d’épuration de Marseille, dont le fonctionnement a été modernisé en 2008 par la mise en place d’un étiage biologique.

La qualité des eaux de l’Huveaune s’est elle aussi améliorée. D’abord sous l’effet de la désindustrialisation de sa vallée, puis grâce aux actions entreprises par les communes riveraines pour traiter leurs eaux usées et mieux gérer le ruissèlement des eaux de pluie. En 2000, une structure spécifique a été mise en place : le Syndicat Intercommunal du Bassin Versant de l’Huveaune (SIBVH) qui permet aux acteurs locaux de gérer le fleuve de manière concertée.

 

Plus récemment : un effort pour mieux gérer les épisodes pluvieux

Le réseau d’assainissement du centre de Marseille est dit « unitaire » : eaux de pluie et eaux usées sont acheminées dans les mêmes tuyaux. Cette configuration devient problématique lors des forts épisodes pluvieux puisque l’apport d’un grand volume d’eau menace d’inonder la station d’épuration et entraîne sa fermeture. Le rejet des eaux usées et des eaux de pluie se fait alors directement en mer, à Cortiou et tout au long de la rade de Marseille. Cette situation entraîne la non-conformité des installations d’assainissement de Marseille au regard des exigences nationales et européennes.

 

Pour répondre à cette problématique, la Métropole Aix-Marseille Provence a lancé la construction de cinq bassins de rétention. Ces derniers permettront de stocker près de 90 000 m3 d’eau de pluie et de faire fonctionner la station comme par temps sec. Une fois l’épisode pluvieux terminé, les eaux stockées seront progressivement renvoyées vers la station et traitées avant rejet en mer. La construction du plus grand bassin, dit bassin Ganay, a duré 5 ans et s’est achevée au printemps 2017.

 

L’état des milieux naturels aujourd’hui

Si la qualité du rejet qui s’effectue à Cortiou s’est fortement améliorée au cours de ces trente dernières années, les fonds marins de la zone sous influence du rejet restent fortement dégradés et la nature peine à recoloniser le site. Plusieurs études récentes mettent cependant en avant une tendance globale à l’amélioration : croissance de l’herbier de posidonie, niveau de contamination des poissons conforme aux valeurs seuil fixées par l’Union Européenne, etc.