Parc national des Calanques
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Patrimoine agricole : l'essor et le déclin des restanques

Restanques situées sur les hauteurs de Cassis © Marie-Anaïs Lien

L’agriculture sur le massif des Calanques est principalement pratiquée sur des terrasses maçonnées, nommées restanques ou « bancaous » (murets de pierre sèche). En effet, jusqu’à l’arrivée de l’eau en 1848 par le canal depuis la Durance, la faible disponibilité de cette ressource ne permettait que la culture de plantes peu friandes d’eau, adaptées au climat aride. Les principales espèces cultivées jusqu’au milieu du XIXe siècle étaient alors les oliviers, les figuiers, les amandiers, les pois chiches, les lentilles et la vigne, le vin étant souvent échangé contre du blé pour alimenter les habitants.

Il faut attendre le XVIe siècle pour voir apparaître une nouvelle pratique : celle de l’oullière. Cette dernière consiste à utiliser l’espace laissé entre les rangs de vignes pour y cultiver des céréales ou des légumes. Mais elle disparaît aux alentours de 1860 car elle est jugée responsable de la prolifération d’un champignon sur les vignes, l’oïdium.

 

Les restanques, une pratique en plein essor

Les restanques, constructions soignées de murets en pierres sèches, avec des pierres plates souvent retaillées, étaient des ouvrages longs et coûteux à effectuer. Elles n’étaient donc réalisées à grande échelle que si l’exploitation envisagée était rentable ; ce qui était le cas notamment pour les cultures de vignes et de câpriers. Elles ont connu un fort déploiement sur l’ensemble du territoire au XVIIe siècle, notamment grâce au développement du commerce lointain du vin. En effet, une grande partie des constructions imposantes encore visibles de nos jours ont livré des vestiges archéologiques (des céramiques) datant de cette période.

Les terrasses associées à la bergerie de Piscatoris, à la Valbarelle, témoignent de l’importance de ces constructions puisque 29 murs de terrasses mesurant une centaine de mètres chacun (soit près de 3 km linéaires ou 1 500 m3 de pierres) y ont été recensés.

 

Les restanques, une pratique en voie de disparition

L’apport en eau par le canal et les nombreux réservoirs, bassins, puits et fontaines construits modifie ces pratiques ancestrales : le village de Mazargues devient le « grenier de Marseille », le vignoble marseillais disparaît peu à peu (on passe de 14 433 ha de vignes en 1851 à 6 179 ha en 1866 !)… Bref, le territoire abandonne de plus en plus la pratique des restanques, qui a connu son apogée dans les années 1770-1780 dans les massifs provençaux, au profit d’une agriculture maraîchère.

Le cadastre Napoléonien de 1827 n’évoque d’ailleurs plus que des « broussailles » sur ces zones anciennement cultivées, les restanques. 

Restanques de Sormiou en phase de restauration

Heureusement, certaines d’entre elles sont encore bien visibles dans le Parc national des calanques, à La Ciotat par exemple (dans le Cœur d’Honoré, à Sainte Frétouse, dans les vallons de Saint-Cyr ou de la Valbarelle...) D’autres, très abimées, se situent à Sormiou et font aujourd’hui l’objet d’une restauration.